Hasard des calendriers, la journée de vendredi dernier était placée sous le signe de l’eau avec, le matin, un comité de pilotage du SMDA sur le risque de submersion marine et, le soir, une conférence à la médiathèque d’Emmanuel Barnier, un historien de l’environnement invité par le CAUE à parler de la mémoire des inondations. Deux moments très intéressants qui se répondaient l’un l’autre.

Comité de pilotage

Le matin donc, direction Narbonne-plage pour un point d’étape sur une étude portant sur les aléas littoraux le long de nos côtes. Si le précédent copil de cette thématique était très tourné sur l’érosion, celui-ci a surtout évoqué les risques de submersion marine qui peuvent survenir lors des fortes tempêtes.

Le SMDA et son prestataire BRL ont présenté des simulations montrant comment, lors des événements centennales, l’eau marine dépasse le trait de côte, et envahit terres et lagunes. Ce travail préliminaire devra bien sûr être consolidé mais en l’état il montre déjà la complexité des mouvements d’eau, et suggère un impact sur 10 000 à 25 000 bâtiments, soit environ 45 000 personnes.

De quoi soulever un paquet de questions. Car s’il est déjà compliqué de lutter contre les crues des rivières, retenir la mer, c’est une autre paire de manche : « Les quantités d’eau mises en jeu ne sont pas du tout comparables, » confirme M. Triadou du SMDA. Et pourtant, dans la salle, deux camps se dessinent : ceux qui d’emblée se projettent dans la mise en protection des habitations et ceux (auxquels j’appartiens) qui évoque la possibilité du repli, de la « recomposition de l’espace ». La ligne de côte est en effet dynamique, et quoi qu’on en pense il nous faudra s’adapter à elle et non l’inverse.

Conférence du soir

Et c’est d’ailleurs en substance le propos de la conférence du soir avec Emmanuel Barnier qui travaille sur la mémoire des inondations. Cet historien traque dans les archives civiles ou religieuses les inondations passées mais aussi la façon dont nos aïeux avaient coutume de réagir. « Aujourd’hui, on envoie des SMS pour prévenir la population… alors que les plus vulnérables d’entre nous ont du mal avec ces outils. » Il raconte les approches, très localistes, des anciens qui savaient entretenir la mémoire des inondations, construire en fonction et installer des repères de crue visibles.

« Cette connaissance fine de l’environnement n’est plus transmise avec autant d’efficacité. L’arrivée de populations nouvelles a provoqué une rupture mémorielle, visible notamment au travers de l’urbanisation. » Sur l’écran, il montre une carte du Grand Narbonne avec en rouge les villages qui ont connu la plus forte croissance démographique, comme Coursan et Cuxac dont la population a augmenté de 84 et 74% entre 1975 et 2010. Or, tous ces villages sont extrêmement exposés au risque d’inondations. Pourtant, les habitations nouvelles ne sont pas adaptées à la situation. Elles sont construites en zones inondables et un total déni du risque. Il évoque notamment l’installation des personnes âgées dans des maisons de plein pied, sans possibilité de refuge à un étage supérieur. 

Au final, l’historien en appelle à une prise de conscience collective et politique. « L’épisode de l’hôpital de Carcassonne, inondé récemment, est un exemple emblématique du péché d’orgueil dont nous sommes capables. Il nous faut faire preuve de davantage d’humilité par rapport à la nature. » De façon encore plus concrète, il conseille de réparer et de rendre très visible les repères de crue, d’organiser des commémorations, des exercices, voire d’initier des procédures à l’échelle du quartier. Il donne ainsi l’exemple, très intéressant, des Japonais qui se réunissent régulièrement pour identifier dans leur voisinage les personnes les plus vulnérables pour les confier aux personnes les moins vulnérables en cas de crise. Un exercice de cohésion sociale ultra efficace qui, à l’heure où 14 % des Français souffrent de solitude et d’isolement, devrait nous inspirer. 


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