Ce soir-là, pour le conseil de surveillance écologique,  il y a du monde dans la salle Figeac. Trois invités dont le directeur audois de Colas, leader de la construction des routes et du terrassement de lotissement. Cette équipée allait enfin lever le voile sur l’avenir possible d’une parcelle sortie du régime forestier lors du dernier conseil municipal : « On a un super projet d’aménagement pour ce site qui, il faut bien le dire, sert aujourd’hui de dépotoir, » avait lancé M. Vico à Yann. Autant dire que j’ai hâte d’en savoir plus. Et pour être honnête, je m’attends à tout, sauf à ce qui va suivre. 

La présentation de Colas commence. La parcelle est une ancienne carrière abandonnée depuis une quinzaine d’années. Du coup, dans l’argumentaire de Colas, elle est présentée comme une « parcelle « anthropisée » ou une « parcelle dangereuse » à cause des affleurements laissés par l’exploitant. Le décor est posé. L’énoncé du projet arrive dans la foulée : Colas produit des matériaux inertes non recyclables (des terres « argileuses » stériles) pour lesquels l’entreprise cherche une solution. Leur idée donc, c’est transformer l’ancienne carrière en « ISDI », en « Installation de stockage de déchets inertes » capables d’accueillir 240 000 m3 de déchets. « Ce serait le premier projet du genre dans l’Aude ! « , assure-t-il.

Une réhabilitation… après 15 ans d’exploitation

Voilà. Il ne s’agit en aucune façon d’un « projet de réaménagement » mais bien d’une remise en activité du site pendant 15 ans suivi par une réhabilitation… ce qui n’est pas la même chose. Ce n’est pas eux qui nous rendent « service » mais bien l’inverse.

Sur le principe, pourquoi pas, tout s’étudie, surtout quand il s’agit de prendre en charge au local des déchets que nous produisons (Bon, en artificialisant nos sols quand même donc il y a une autre solution à ce problème). Mais l’approche a de quoi désarçonner. Le directeur enchaîne en expliquant que la moitié environ des déchets viendrait de Colas et que le reste serait apporté par des tiers. Ceux de Colas seraient « locaux » et proviendraient de chantiers situés dans un rayon de 30 km pour réduire l’impact carbone, les autres, je ne sais pas. Mais au total, cela représenterait « moins de 10 camions par jour« .

Il enchaine sur la réhabilitation, sur la nécessité de préserver la biodiversité et de créer des habitats adaptés… dans 15 ans. Ce qu’il ignore – parce qu’il a fait appel à des écologues de Perpignan -, c’est que cette parcelle est un milieu ouvert qui héberge aujourd’hui plusieurs espèces protégées dont le lézard Ocellé et le Grand duc. Pour remettre cette carrière en activité, il faudra prévoir des mesures de compensation au moins équivalente à celles préconisées suite à la construction du Parc méditerranéen pour l’innovation.

Une reconquête difficile

La parole est donnée à une paysagiste qui expose les possibilités pour végétalisation le site. Toutes les espèces méditerranéennes sont citées, y compris le si spécifique chêne-liège ; elle esquisse aussi la possibilité de faire des expériences de « mycorhization » avec des chercheurs pour favoriser la reconquête du milieu par les végétaux. J’en déduis que cette végétalisation doit être moins facile que ne le laisse croire sa jolie vue 3D du site dans 15 ans. Elle enchaine sur la gestion du risque incendie évoquant des travaux de l’Inra qui ont montré qu’une garrigue bien dense est plus efficace qu’une coupe forestière pour limiter la propagation des incendies. Ce qui est clair surtout, c’est que comme cette parcelle a été sortie du régime forestier, elle n’est plus gérée par l’ONF. Et c’est à eux, puis à nous municipalité, de gérer ce risque.

Perso, je suis pour que l’on imagine des solutions concrètes à nos problèmes concrets. Mais pour cette approche « aménagement » me semble au mieux maladroite, au pire malhonnête. Il s’agit bel et bien d’une remise en activité de la carrière Villa de Fargues et si cette dernière est actée, elle devra être négociée chèrement par la ville, en terme environnemental et monétaire. Ce sera de toutes façons une sacrée aubaine pour Colas. J’ai donné mon sentiment lors de la réunion mais j’ignore quelle suite sera donnée à cette remise en activité de la carrière Villa de Fargues.

Sainte-Louise, les peupliers et le point de relevage des eaux usées

Ensuite, trois projets d’aménagement m’ont été présentés : la route de Cuxac va être refaite dans l’esprit du Boulevard Hubert Mouly, avec une piste cyclable protégée du côté de la voie ferrée. A ce jour, il n’est toujours pas question de passerelle au-dessus des voies ferrées pour connecter ce quartier à la gare ou au centre-ville. La faute selon eux à la région qui refuse de la financer dans le cadre du « pôle d’échange multimodal ».

La cité des Peupliers va être rasée et remplacée par un parc, des pistes cyclables et des résidences d’un à trois étages. Au final, sur ce terrain, la couverture végétale devraient augmenter de 53%. J’ai insisté pour ma part sur la nécessité de créer des connexions entre les pistes cyclables. Un petit bout de terrain privé pourrait être acheté pour faciliter cette connexion. Enfin, une piste de déplacements actifs (vélos et trottinettes électriques) sera installée le long du canal et de la ZAC des Robines. Le pont de relevage des eaux usées, actuellement situé devant l’entrée du NarboVia va être déplacé vers le parking du parc des sports, sous les ombrelles. Pour M. Vico, cette installation sera modernisée et ne devrait pas générer de nuisances olfactives pour les riverains. A suivre.

Charte et associations

Quant à la charte et à l’organisation pérenne du conseil de surveillance écologique, elles devraient être présentées et votées lors du prochain conseil municipal.

NB : Orano, la correction

Lors du précédent conseil de surveillance, M. Vico m’avait dit que l’ancien directeur d’Orano-Malvési prenait la tête de la communication du groupe. C’est faux. Une « source » m’a indiqué qu’il est devenu directeur des ateliers transverses à Tricastin.


1 commentaire

L'ISDI des hauts de Narbonne, la suite - Les Robin.e.s · 14 avril 2021 à 10 h 07 min

[…] petit rappel des faits : il y a deux mois, j’apprenais en conseil de surveillance écologique l’existence d’un projet d’ISDI dans les hauts de Narbonne. Quelques jours plus tard, ce projet était inscrit à l’ordre du jour du conseil municipal. […]

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